Caractéristique

La vie de guide dans les Dolomites

February 25, 2020
Nous espérons que ce texte vous inspire et vous remémore vos belles aventures à vélo. Nous sommes nous-mêmes cyclistes, et nous savons que sillonner les sentiers aide à traverser les moments d’incertitude, mais nous vous demandons de réduire au minimum les risques pour vous et pour autrui en respectant toutes les directives sanitaires lorsque vous sortez.

 

Récit de Julia Hofmann
Photos de Mattias Fredriksson

Quand j’étais petite et que j’explorais le jardin et le boisé près de chez moi, c’était toujours en faisant part de mes découvertes à d’autres que j’éprouvais la plus grande joie, qu’il soit question d’une nouvelle cachette ou d’un fascinant trésor de la forêt. Maintenant que j’ai avancé en âge, c’est encore un de mes passe-temps favoris; seulement, mon terrain de jeu s’est étendu, et mes trouvailles ont pris de l’ampleur. 

J’ai passé plusieurs années à parcourir les lieux reculés et méconnus de la planète sur mon vélo de montagne. Généralement, j’ai à peine le temps de poser mes bagages qu’un nouvel accès de bougeotte s’empare de moi, me poussant à m’évader de nouveau.

Je suis fascinée par les personnes que j’ai rencontrées, les cultures et les paysages que j’ai découverts, et les incroyables pistes simples où j’ai roulé. Dans chaque pays, les sentiers ont leurs particularités : ils sont creux et poussiéreux au Chili; abruptes et techniques dans les forêts du Canada; et marqués par les fjords, les dalles et les racines en Norvège. Kosovo, Albanie, France, Espagne… Chaque région a sa saveur. En racontant mes voyages, j’incite les autres à explorer le monde sur deux roues – et j’en tire autant de plaisir qu’à l’époque où je dévoilais mes cachettes dans le jardin.

C’est cette passion pour le voyage et l’inclusion qui m’a poussée vers une carrière de guide. Je voulais aider d’autres adeptes de vélo de montagne à profiter de ce que je découvrais : la nature, les sentiers et la culture de toutes ces régions uniques. Alors, quand on m’a proposé de devenir instructrice et guide dans les Dolomites, je n’ai évidemment pas pu refuser.

Les Dolomites sont l’une des formations rocheuses les plus singulières et les plus impressionnantes qui soient. Et bien qu’elles ne se trouvent qu’à trois heures et demie de route de chez moi, je n’y avais jamais mis les pieds. Je connaissais les Dolomites comme destination pour les sports d’hiver et la course cycliste – tout mordu de vélo de route rêve de filer sur le fameux circuit Sellaronda un jour –, mais je n’avais aucune idée qu’elles cachaient aussi un paradis du vélo de montagne.

À mon arrivée dans ce massif, j’ai été saisie par la magnificence du panorama. Dans toutes les directions, un paysage de carte postale s’offrait à mon regard. La vue de ces immenses parois rocheuses se dressant dans les vallons vert tendre est si percutante qu’elle vous coupe littéralement le souffle. Et l’infrastructure est parfaite pour le vélo de montagne : toutes les télécabines acceptent les vélos, et les réseaux de sentiers sont desservis par de nombreuses remontées. Dès le premier instant, j’ai su qu’il s’agissait d’une trouvaille de taille que j’allais me réjouir de présenter à d’autres.

Les premières années, j’avais du mal à comprendre la configuration des lieux. Il y a tellement de vallées qui s’entrecroisent dans les Dolomites qu’il m’arrivait de me retrouver soudainement au mauvais endroit. Souvent, il se faisait tard et j’ignorais comment retourner là où je devais être. (Mon vélo électrique s’est avéré bien utile dans ces cas-là!) Heureusement pour moi, mon ami Arno Feichter, qui est aussi guide, tient la boutique de vélo du coin à Sesto. Il m’a aidée à trouver mes repères et m’a révélé tous les petits joyaux cachés que seuls les habitués connaissent.

Ici, les sentiers naturels sont escarpés et techniques au sommet, traversant souvent des dalles rocheuses accidentées qui ne laissent pas place à l’erreur. Dans la vallée et sous la limite des arbres, le sol se fait plus souple, et les pistes deviennent plus fluides et ludiques, ponctuées tantôt d’une racine glissante, tantôt d’un virage incliné naturel. Une fois arrivés tout en bas, c’est soit l’heure de la pizza, soit l’heure d’une autre remontée vers le sommet.

Ces dernières années, de plus en plus de sentiers fluides ont été aménagés dans les Dolomites, ce qui permet même au plus inexpérimenté des riders de profiter des paysages de haute montagne. C’est aussi le cadre parfait pour mes cours destinés aux débutants : en combinant excursion guidée et formation technique (positionnement pour le freinage, le pédalage et les sauts), ils donnent la chance aux riders de gagner en confiance et ainsi de profiter davantage des pistes et du décor époustouflant.

Chaque fois que je suis dans le coin, Arno me fait découvrir un nouveau sentier, toujours plus épatant que le précédent, dans la région des Tre Cime. L’automne dernier, nous avons passé cinq jours ensemble à faire des expéditions en vélo électrique, à hisser nos vélos de montagne ordinaires au sommet de sections corsées de via ferrata, et à enchaîner les allers-retours sur le mont Elmo, tout près de Sesto. Et malgré tout, j’ai à peine visité le quart des sentiers… C’est dire à quel point la région regorge de découvertes à faire – et à partager!

 

Julia Hofmann fait partie de la famille Rocky Mountain depuis des années. Si elle partage son temps entre une myriade de nos vélos, ceux qu’on voit dans cet article sont l’Altitude Powerplay, l’Altitude et le Slayer.

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