Caractéristique

Douce évasion

May 17, 2019

C’est comme un métronome infatigable ou une liste de corvées infinie : le travail, l’école, les courses et toutes les autres tâches, ça me donne souvent l’impression d’être pris dans une roulette de hamster. Oui, il y a des choses dont on ne se sort pas, mais plus ma vie devient chargée, plus je me rends compte que j’ai besoin de réserver du temps pour les activités que j’aime – celles qui font trépigner de joie l’enfant en moi. Pas de surprise ici : j’aime faire du vélo. La sensation de filer à toute vitesse, de voir de nouveaux endroits et de partir spontanément à l’aventure… c’est ma façon de m’évader de la roulette de hamster en allant vers l’inconnu. Et ça ne commence pas bien plus loin qu’au pas de ma porte.

La pizza et les cartes, un bon point de départ pour toute aventure.

Quinn et moi, étant tous deux étudiants à l’Université de Victoria et riders à temps plein, on fait de notre mieux pour suivre notre instinct et faire un pied de nez aux horaires conventionnels et à la normalité. Mais malgré nos efforts, on a quand même des travaux à remettre et des règles à suivre. Alors quand Scott nous a proposé son trajet plutôt épique, lui qui a l’habitude de concilier le travail à temps plein et les aventures hallucinantes, on ne s’est pas fait prier.

Lubrification de la chaîne et gonflage des pneus, les classiques préparatifs de dernière minute.

Tracé parmi les centaines de kilomètres de sentiers au nord de la ville, l’itinéraire que nous suggérait Scott s’annonçait riche en erreurs de parcours, en rebondissements mémorables et (on l’espérait) en seconds souffles – de quoi nous mettre en appétit! Ainsi, en dépit des nuages menaçants qui projetaient une ombre glauque sur Victoria, on a chargé nos vélos, attrapé de quoi manger et pris la direction des montagnes.

Scott : « Je voyais un gros potentiel dans cette sortie. C’était excitant de quitter la ville pour atteindre un point sur la carte où je ne m’étais rendu qu’en auto, mais je ne savais absolument pas à quoi m’attendre en chemin. »

Tant qu’à se rejoindre quelque part, autant choisir un lieu où le café est délicieux.

Le plan consistait à suivre le complexe réseau de pistes cyclables de Victoria jusqu’aux limites de la ville, d’où on emprunterait le sentier Sooke Hills Wilderness vers le nord, puis le sentier Cowichan Valley, toujours vers le nord, jusqu’aux berges du lac Shawnigan. Une fois rendus au pont Kinsol, on prendrait le chemin du retour en passant par la côte, où on traverserait l’inlet Saanich à bord d’un petit traversier pour arriver à Brentwood Bay. De là, on prendrait les chemins de campagne pour rentrer en ville et reprendre le train-train quotidien, la tête remplie de souvenirs palpitants après 140 km des plus beaux sentiers du sud de l’île de Vancouver.

… mais on sait tous ce que la caféine a comme effet.

Froide, venteuse et pluvieuse, la météo n’était pas trop inspirante. Mais pendant que la plupart des gens décidaient de passer la journée emmitouflés dans leurs couvertures, nous, on se lançait dans le labyrinthe cyclable de Victoria, zigzaguant dans les quartiers résidentiels et industriels jusqu’aux portes de la ville.

Quinn : « Je crois qu’il pleuvait assez fort pour que chacun d’entre nous remette en question ce qu’on s’apprêtait à faire, mais personne ne voulait l’admettre. On a traversé le centre-ville et emprunté le sentier du couloir ferroviaire E&N, où se trouvent certains de mes graffitis préférés. »

Un petit répit de la pluie en sortant de la ville.

À l’extérieur de la ville, le monde était plus vert, et on se sentait plus petits. Les routes rétrécissaient, les maisons se faisaient rares et, plus tôt qu’on ne l’aurait cru, il n’y avait plus que nous, le sentier et la pluie torrentielle.

Cap sur les montagnes.

La première section du sentier Sooke Hills Wilderness a titillé notre sens de l’aventure. Ce ruban de gravier fin traversait une mer de verdure et de grands arbres, avant de filer tout droit vers le sommet en disparaissant au loin dans le brouillard.

La piste nous mène au cœur d’un monde de géants.

La montée du sommet Malahat était abrupte et impitoyable. Dans certains passages, chaque mètre était un combat; nos chaînes faisaient lentement tourner nos plateaux tandis qu’on poussait nos pédales de toutes nos forces. C’est à ce moment-là que notre esprit s’est complètement vidé. Toute notre attention était portée sur notre respiration haletante et notre immense inconfort. C’était l’évasion, pure et simple.

L’arrivée au sommet était un soulagement. L’ascension derrière nous et une belle descente en perspective, on a tous trois éclaté de rire devant le ridicule de notre situation. C’était peut-être parce qu’on se sentait un peu drôles sur nos vélos de gravier, étant plutôt adeptes de vélo de montagne – mais je crois que c’est surtout qu’on était trop fatigués pour réfléchir comme il faut. Tout ce qu’on avait en tête, c’était d’arrêter de souffrir et de dévaler cette pente. On s’est élancés.

Il n’y a qu’une façon de traverser les montagnes : à la sueur de son front.

Scott : « J’ai trouvé les sentiers Sooke Hills Wilderness et Cowichan Valley complètement malades. Chaque section avait sa particularité, ce qui apportait une variété rafraîchissante au trajet. Les descentes étaient aussi étonnamment plaisantes – ça rappelait le vélo de montagne des années 1980. Haha! »

Quinn : « La descente vers le lac Shawnigan était vraiment trippante. C’est là qu’on a tous vu à quel point on pouvait incliner nos vélos dans les lacets de gravier! »
On pousse à fond nos vélos de gravier, et on aime ça!

Quelle est la grosseur optimale pour le gravier? Celle du gravier sur lequel on a roulé ici!

Du sommet Malahat, on a descendu dans la vallée Cowichan, où on a profité du terrain plat pour cumuler rapidement les kilomètres. On a pédalé dans un tunnel d’arbres et longé le lac Shawnigan jusqu’à atteindre le point le plus éloigné de chez nous, le pont Kinsol. Construit en 1944, ce pont ferroviaire sur chevalets fait 44 m de haut : c’est l’un des plus élevés au monde. Un objectif à la hauteur de notre mission ce jour-là.

Le pont Kinsol, extrémité nordique de notre parcours.

Après lepont Kinsol, on a emprunté une route forestière appelée « Koksilah Road », un nom qui, vu notre épuisement, nous a beaucoup trop fait rire. Le plan était ensuite de faire le plein de pâtisseries et de café torréfié sur place au café Drumroaster de Cobble Hill, car on était trempés jusqu’aux os et notre motivation déclinait.

Quinn : « J’ai passé une demi-heure à rêver du Drumroaster Cafe avant qu’on n’y arrive enfin. J’avais sérieusement besoin d’un sandwich et d’un café, et pour être honnête, d’une pause! »

Dans un tunnel d’arbres du sentier Cowichan Valley.

Il pleuvait à boire debout depuis le début, et l’humidité commençait maintenant à faire son chemin dans l’objectif de mon appareil photo. En sortant du café à Cobble Hill, j’avais peur de l’avoir endommagé pour de bon, mais je savais que je ne pouvais rien y faire avant notre retour. À ce moment-là, je n’étais même pas certain qu’on rentrerait en un seul morceau!

Les boissons chaudes et la nourriture du café Drumroaster étaient bien méritées. Ça a aidé à nous ramener à la vie (disons). On était assis à regarder la pluie tomber depuis l’intérieur, mais c’était l’heure de repartir. Dehors, le déluge.

Quin : « Au moment de repartir, il pleuvait vraiment fort. Ce n’était pas le genre de motivation que j’espérais. »

Scott : « On est sortis du café sous la pluie battante : pas ce que j’aurais souhaité pour le reste de la journée. Mais une fois réacclimaté au mauvais temps, j’ai pu voir les détails qui rendent cette région si spectaculaire. Les couleurs, les fermettes uniques et leurs animaux, rien de tout ça ne semblait dérangé par la météo. »

« C’était cool que les chevaux se laissent flatter. L’un d’eux a même mordillé ma barbe! C’était étrange, mais je vais le prendre. » – Scott Pilecki, charmeur de chevaux autoproclamé.

À partir du café de Cobble Hill, on avait prévu se rendre à Mill Bay pour prendre le traversier au lieu de revenir par le col Malahat. Mais après une journée éreintante à lutter contre les éléments, on a raté un embranchement crucial et on s’est perdus.

Scott : « On a ressorti la carte, et on a vu dans quel pétrin on était. Merde! Il était environ 17 h 30, il pleuvait, et si on voulait se rendre à Mill Bay pour poursuivre notre itinéraire, on risquait de rater le dernier départ du traversier. C’était un trop gros risque à prendre, et le jour tombait, alors on a décidé de retrousser nos manches et de remonter la Malahat. »

La vallée Cowichan regorge de routes sinueuses et de paysages uniques.

La descente de la Malahat, une portion notoirement dangereuse de la route Transcanadienne sur l’île de Vancouver, était d’autant plus périlleuse avec la pluie et la tombée du jour. À l’affût des débris en bord de route et des comportements imprévisibles des automobilistes à notre gauche, on avait les yeux grand ouverts derrière nos lunettes, mais les lèvres bien serrées. C’était intense, et dès que la descente a été terminée, on a collectivement convenu qu’il était plus que jamais l’heure de prendre un verre. À notre grand bonheur, Quinn avait traîné quatre Hey Y’all (du thé glacé alcoolisé britanno-colombien) tout au long du trajet. Il attendait simplement le bon moment pour les partager – et ça y était.

Quinn : « Avant de partir, j’ai pensé que ce serait bien de caler des Hey Y’all quand le moment se présenterait, alors j’en ai mis quelques-uns dans mon sac. Après avoir survécu à la Malahat, j’ai su que l’heure était venue. Un shotgunrapide grâce à l’outil EDC de OneUp, et on est repartis pour la dernière étape de 15 km. »

On y est presque!\

Avec un peu de courage liquide dans les veines, on a pédalé les 15 derniers kilomètres ensemble, en repassant nos aventures du jour et en riant de ce qu’on venait de traverser. On pouffait de rire sans même savoir si c’était drôle; on était tout simplement trop fatigués pour faire quoi que ce soit d’autre. Le rire nous faisait oublier la lourdeur de nos jambes, tandis que nos points de repères et paysages habituels défilaient sous nos yeux. On voyait bien que rien n’avait vraiment changé ici, mais pour nous, tout était différent. En 12 heures seulement, on avait vécu plus d’expériences nouvelles que ce que la roulette de hamster pouvait nous offrir en une semaine. On a gravi des montagnes, défié les éléments et surmonté des situations stressantes. Scott s’est même fait grignoter la barbe par un cheval!

La vue de nos quartiers familiers était un retour apprécié à la vie normale. La journée qu’on venait de vivre avait laissé sa trace, et c’était exactement ce dont on avait tous besoin. Elle illustrait parfaitement pourquoi le vélo est l’outil par excellence pour l’aventure moderne.

LES ACTEURS

Scott

Scott, c’est celui qui rameute les athlètes de Rocky Mountain. C’est un fin connaisseur des bonnes choses de la vie et un trou noir de conversation.

Scott roulait sur un Solo de Rocky Mountain, taille grand, arborant un sac de guidon Topo Design où il a commodément pu ranger son outil et sa pompe 100 cm³ OneUp Components. La pluie et le froid n’ont pas su rivaliser contre son manteau Revelation ni son maillot henley Desperado en laine mérinos.

Quinn

Dur à cuire de la course à vélo, Quinn est aussi un amateur de Whole Foods et de téquila qui se fait fièrement surnommer « The Dog Whisperer » (l’homme qui murmurait à l’oreille des chiens).

Le Solo de Quinn était équipé d’un outil EDC et d’une pompe OneUp Components, et de Maxxis Ravagers 650b au lieu de roues 700C standard. Quinn est resté au chaud toute la journée grâce à son maillot Mission et sa coquille Oro de 7mesh… et à sa couenne dure.

Félix

Accro des sushis ayant des origines en Colombie-Britannique et au Québec, Félix est un hybride insolite qui combine la forme physique du XC et l’habileté technique de la DH.

Félix a utilisé son Solo doté d’une tige de selle télescopique pour se pencher au maximum dans les virages de gravier. Et pour ne pas se salir le derrière, il a fait confiance au cuissard à bretelles MK3 et au short Farside de 7mesh. Son manteau Corsa et sa veste sans manches Cypress l’ont gardé au chaud.

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