Solo

Caractéristique

Douce évasion

May 17, 2019

C’est comme un métronome infatigable ou une liste de corvées infinie : le travail, l’école, les courses et toutes les autres tâches, ça me donne souvent l’impression d’être pris dans une roulette de hamster. Oui, il y a des choses dont on ne se sort pas, mais plus ma vie devient chargée, plus je me rends compte que j’ai besoin de réserver du temps pour les activités que j’aime – celles qui font trépigner de joie l’enfant en moi. Pas de surprise ici : j’aime faire du vélo. La sensation de filer à toute vitesse, de voir de nouveaux endroits et de partir spontanément à l’aventure… c’est ma façon de m’évader de la roulette de hamster en allant vers l’inconnu. Et ça ne commence pas bien plus loin qu’au pas de ma porte.

La pizza et les cartes, un bon point de départ pour toute aventure.

Quinn et moi, étant tous deux étudiants à l’Université de Victoria et riders à temps plein, on fait de notre mieux pour suivre notre instinct et faire un pied de nez aux horaires conventionnels et à la normalité. Mais malgré nos efforts, on a quand même des travaux à remettre et des règles à suivre. Alors quand Scott nous a proposé son trajet plutôt épique, lui qui a l’habitude de concilier le travail à temps plein et les aventures hallucinantes, on ne s’est pas fait prier.

Lubrification de la chaîne et gonflage des pneus, les classiques préparatifs de dernière minute.

Tracé parmi les centaines de kilomètres de sentiers au nord de la ville, l’itinéraire que nous suggérait Scott s’annonçait riche en erreurs de parcours, en rebondissements mémorables et (on l’espérait) en seconds souffles – de quoi nous mettre en appétit! Ainsi, en dépit des nuages menaçants qui projetaient une ombre glauque sur Victoria, on a chargé nos vélos, attrapé de quoi manger et pris la direction des montagnes.

Scott : « Je voyais un gros potentiel dans cette sortie. C’était excitant de quitter la ville pour atteindre un point sur la carte où je ne m’étais rendu qu’en auto, mais je ne savais absolument pas à quoi m’attendre en chemin. »

Tant qu’à se rejoindre quelque part, autant choisir un lieu où le café est délicieux.

Le plan consistait à suivre le complexe réseau de pistes cyclables de Victoria jusqu’aux limites de la ville, d’où on emprunterait le sentier Sooke Hills Wilderness vers le nord, puis le sentier Cowichan Valley, toujours vers le nord, jusqu’aux berges du lac Shawnigan. Une fois rendus au pont Kinsol, on prendrait le chemin du retour en passant par la côte, où on traverserait l’inlet Saanich à bord d’un petit traversier pour arriver à Brentwood Bay. De là, on prendrait les chemins de campagne pour rentrer en ville et reprendre le train-train quotidien, la tête remplie de souvenirs palpitants après 140 km des plus beaux sentiers du sud de l’île de Vancouver.

… mais on sait tous ce que la caféine a comme effet.

Froide, venteuse et pluvieuse, la météo n’était pas trop inspirante. Mais pendant que la plupart des gens décidaient de passer la journée emmitouflés dans leurs couvertures, nous, on se lançait dans le labyrinthe cyclable de Victoria, zigzaguant dans les quartiers résidentiels et industriels jusqu’aux portes de la ville.

Quinn : « Je crois qu’il pleuvait assez fort pour que chacun d’entre nous remette en question ce qu’on s’apprêtait à faire, mais personne ne voulait l’admettre. On a traversé le centre-ville et emprunté le sentier du couloir ferroviaire E&N, où se trouvent certains de mes graffitis préférés. »

Un petit répit de la pluie en sortant de la ville.

À l’extérieur de la ville, le monde était plus vert, et on se sentait plus petits. Les routes rétrécissaient, les maisons se faisaient rares et, plus tôt qu’on ne l’aurait cru, il n’y avait plus que nous, le sentier et la pluie torrentielle.

Cap sur les montagnes.

La première section du sentier Sooke Hills Wilderness a titillé notre sens de l’aventure. Ce ruban de gravier fin traversait une mer de verdure et de grands arbres, avant de filer tout droit vers le sommet en disparaissant au loin dans le brouillard.

La piste nous mène au cœur d’un monde de géants.

La montée du sommet Malahat était abrupte et impitoyable. Dans certains passages, chaque mètre était un combat; nos chaînes faisaient lentement tourner nos plateaux tandis qu’on poussait nos pédales de toutes nos forces. C’est à ce moment-là que notre esprit s’est complètement vidé. Toute notre attention était portée sur notre respiration haletante et notre immense inconfort. C’était l’évasion, pure et simple.

L’arrivée au sommet était un soulagement. L’ascension derrière nous et une belle descente en perspective, on a tous trois éclaté de rire devant le ridicule de notre situation. C’était peut-être parce qu’on se sentait un peu drôles sur nos vélos de gravier, étant plutôt adeptes de vélo de montagne – mais je crois que c’est surtout qu’on était trop fatigués pour réfléchir comme il faut. Tout ce qu’on avait en tête, c’était d’arrêter de souffrir et de dévaler cette pente. On s’est élancés.

Il n’y a qu’une façon de traverser les montagnes : à la sueur de son front.

Scott : « J’ai trouvé les sentiers Sooke Hills Wilderness et Cowichan Valley complètement malades. Chaque section avait sa particularité, ce qui apportait une variété rafraîchissante au trajet. Les descentes étaient aussi étonnamment plaisantes – ça rappelait le vélo de montagne des années 1980. Haha! »

Quinn : « La descente vers le lac Shawnigan était vraiment trippante. C’est là qu’on a tous vu à quel point on pouvait incliner nos vélos dans les lacets de gravier! »
On pousse à fond nos vélos de gravier, et on aime ça!

Quelle est la grosseur optimale pour le gravier? Celle du gravier sur lequel on a roulé ici!

Du sommet Malahat, on a descendu dans la vallée Cowichan, où on a profité du terrain plat pour cumuler rapidement les kilomètres. On a pédalé dans un tunnel d’arbres et longé le lac Shawnigan jusqu’à atteindre le point le plus éloigné de chez nous, le pont Kinsol. Construit en 1944, ce pont ferroviaire sur chevalets fait 44 m de haut : c’est l’un des plus élevés au monde. Un objectif à la hauteur de notre mission ce jour-là.

Le pont Kinsol, extrémité nordique de notre parcours.

Après lepont Kinsol, on a emprunté une route forestière appelée « Koksilah Road », un nom qui, vu notre épuisement, nous a beaucoup trop fait rire. Le plan était ensuite de faire le plein de pâtisseries et de café torréfié sur place au café Drumroaster de Cobble Hill, car on était trempés jusqu’aux os et notre motivation déclinait.

Quinn : « J’ai passé une demi-heure à rêver du Drumroaster Cafe avant qu’on n’y arrive enfin. J’avais sérieusement besoin d’un sandwich et d’un café, et pour être honnête, d’une pause! »

Dans un tunnel d’arbres du sentier Cowichan Valley.

Il pleuvait à boire debout depuis le début, et l’humidité commençait maintenant à faire son chemin dans l’objectif de mon appareil photo. En sortant du café à Cobble Hill, j’avais peur de l’avoir endommagé pour de bon, mais je savais que je ne pouvais rien y faire avant notre retour. À ce moment-là, je n’étais même pas certain qu’on rentrerait en un seul morceau!

Les boissons chaudes et la nourriture du café Drumroaster étaient bien méritées. Ça a aidé à nous ramener à la vie (disons). On était assis à regarder la pluie tomber depuis l’intérieur, mais c’était l’heure de repartir. Dehors, le déluge.

Quin : « Au moment de repartir, il pleuvait vraiment fort. Ce n’était pas le genre de motivation que j’espérais. »

Scott : « On est sortis du café sous la pluie battante : pas ce que j’aurais souhaité pour le reste de la journée. Mais une fois réacclimaté au mauvais temps, j’ai pu voir les détails qui rendent cette région si spectaculaire. Les couleurs, les fermettes uniques et leurs animaux, rien de tout ça ne semblait dérangé par la météo. »

« C’était cool que les chevaux se laissent flatter. L’un d’eux a même mordillé ma barbe! C’était étrange, mais je vais le prendre. » – Scott Pilecki, charmeur de chevaux autoproclamé.

À partir du café de Cobble Hill, on avait prévu se rendre à Mill Bay pour prendre le traversier au lieu de revenir par le col Malahat. Mais après une journée éreintante à lutter contre les éléments, on a raté un embranchement crucial et on s’est perdus.

Scott : « On a ressorti la carte, et on a vu dans quel pétrin on était. Merde! Il était environ 17 h 30, il pleuvait, et si on voulait se rendre à Mill Bay pour poursuivre notre itinéraire, on risquait de rater le dernier départ du traversier. C’était un trop gros risque à prendre, et le jour tombait, alors on a décidé de retrousser nos manches et de remonter la Malahat. »

La vallée Cowichan regorge de routes sinueuses et de paysages uniques.

La descente de la Malahat, une portion notoirement dangereuse de la route Transcanadienne sur l’île de Vancouver, était d’autant plus périlleuse avec la pluie et la tombée du jour. À l’affût des débris en bord de route et des comportements imprévisibles des automobilistes à notre gauche, on avait les yeux grand ouverts derrière nos lunettes, mais les lèvres bien serrées. C’était intense, et dès que la descente a été terminée, on a collectivement convenu qu’il était plus que jamais l’heure de prendre un verre. À notre grand bonheur, Quinn avait traîné quatre Hey Y’all (du thé glacé alcoolisé britanno-colombien) tout au long du trajet. Il attendait simplement le bon moment pour les partager – et ça y était.

Quinn : « Avant de partir, j’ai pensé que ce serait bien de caler des Hey Y’all quand le moment se présenterait, alors j’en ai mis quelques-uns dans mon sac. Après avoir survécu à la Malahat, j’ai su que l’heure était venue. Un shotgunrapide grâce à l’outil EDC de OneUp, et on est repartis pour la dernière étape de 15 km. »

On y est presque!\

Avec un peu de courage liquide dans les veines, on a pédalé les 15 derniers kilomètres ensemble, en repassant nos aventures du jour et en riant de ce qu’on venait de traverser. On pouffait de rire sans même savoir si c’était drôle; on était tout simplement trop fatigués pour faire quoi que ce soit d’autre. Le rire nous faisait oublier la lourdeur de nos jambes, tandis que nos points de repères et paysages habituels défilaient sous nos yeux. On voyait bien que rien n’avait vraiment changé ici, mais pour nous, tout était différent. En 12 heures seulement, on avait vécu plus d’expériences nouvelles que ce que la roulette de hamster pouvait nous offrir en une semaine. On a gravi des montagnes, défié les éléments et surmonté des situations stressantes. Scott s’est même fait grignoter la barbe par un cheval!

La vue de nos quartiers familiers était un retour apprécié à la vie normale. La journée qu’on venait de vivre avait laissé sa trace, et c’était exactement ce dont on avait tous besoin. Elle illustrait parfaitement pourquoi le vélo est l’outil par excellence pour l’aventure moderne.

LES ACTEURS

Scott

Scott, c’est celui qui rameute les athlètes de Rocky Mountain. C’est un fin connaisseur des bonnes choses de la vie et un trou noir de conversation.

Scott roulait sur un Solo de Rocky Mountain, taille grand, arborant un sac de guidon Topo Design où il a commodément pu ranger son outil et sa pompe 100 cm³ OneUp Components. La pluie et le froid n’ont pas su rivaliser contre son manteau Revelation ni son maillot henley Desperado en laine mérinos.

Quinn

Dur à cuire de la course à vélo, Quinn est aussi un amateur de Whole Foods et de téquila qui se fait fièrement surnommer « The Dog Whisperer » (l’homme qui murmurait à l’oreille des chiens).

Le Solo de Quinn était équipé d’un outil EDC et d’une pompe OneUp Components, et de Maxxis Ravagers 650b au lieu de roues 700C standard. Quinn est resté au chaud toute la journée grâce à son maillot Mission et sa coquille Oro de 7mesh… et à sa couenne dure.

Félix

Accro des sushis ayant des origines en Colombie-Britannique et au Québec, Félix est un hybride insolite qui combine la forme physique du XC et l’habileté technique de la DH.

Félix a utilisé son Solo doté d’une tige de selle télescopique pour se pencher au maximum dans les virages de gravier. Et pour ne pas se salir le derrière, il a fait confiance au cuissard à bretelles MK3 et au short Farside de 7mesh. Son manteau Corsa et sa veste sans manches Cypress l’ont gardé au chaud.

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Prochain Caractéristique Retour à Riva Depuis 1994, le Bike Festival de Riva del Garda donne officieusement le coup d’envoi à la saison de vélo en Europe – et nous avons toujours été au rendez-vous.
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Le chemin le plus long

March 01, 2018

Chaque hiver depuis 11 ans, Sam Schultz descend vers le sud, quittant les paysages enneigés du Montana pour donner des cours de vélo de montagne et de route à Tucson, en Arizona. Au fil des ans, il a modifié son plan à quelques reprises avec des détours sous le soleil de la Californie, mais le désert de Sonora a un petit quelque chose qui le pousse toujours à y retourner. Tous les voyages de Sam ont des objectifs semblables : retrouver son vélo, repousser ses propres limites, et bien entamer sa préparation pour la saison à venir. Sa passion pour la route est indéniable, et il ne cache pas que ses voyages préférés sont ceux qui comportent leur lot de détours, d’arrêts et d’aventures.

La mode du voyage perpétuel en camionnette bat son plein, mais elle ne réinvente pas la roue. L’idée centrale, au fond, c’est la liberté : aller où on veut, quand on le veut, avec comme seule contrainte de trouver une surface pour conduire. Ce n’est pas bien différent d’être sur un vélo. Dans les deux cas, il s’agit d’outils sensationnels pour vivre une aventure; l’un comme l’autre vous donne un fort sentiment de satisfaction personnelle et d’excitation. Cependant, en vélo, il n’y a pas de raison d’arrêter quand la route prend fin. Les vélos de Sam sont l’extension de sa camionnette : il les utilise pour pousser plus loin son exploration du territoire où il se trouve et pour avoir une perspective unique sur son voyage.

« Je dirais que plus j’ai de temps pour me rendre du point A au point B, le mieux c’est. Il suffit de s’arrêter, et tout est là : votre garage à vélos, votre commode, votre vestiaire, votre cuisine, votre lit. Les meilleurs moments du voyage, c’est quand la camionnette est stationnée. » – Sam Schultz

Sam a grandi dans le monde du vélo de montagne. Il a participé à sa première course à 13 ans et s’est assez bien classé au niveau national pour faire partie de l’équipe de développement U23 de USA Cycling. Après de nombreuses années à affronter les meilleurs du monde, il a été choisi pour représenter son pays aux Jeux olympiques de Londres en 2012. Il est arrivé au 15e rang, un résultat dont il est incroyablement fier.

Les Olympiques n’ont pas été la dernière compétition de Sam, mais peu après a commencé une série de blessures au dos qui ont nécessité de nombreuses opérations chirurgicales. L’une d’entre elles a mené à une infection à la colonne vertébrale; lors d’une autre, on a posé des tiges et des vis pour maintenir ses vertèbres L4 et L5 ensemble. Pendant une année avant chaque opération, en plus d’une année après, il se consacrait à temps plein à des traitements en physiothérapie et en réadaptation. Il était déterminé à retrouver la compétition.

« J’ai toujours pensé que le travail était payant. Tout au long de ma carrière de coureur cycliste, mes efforts ont été récompensés, et j’en suis très reconnaissant. » – Sam Schultz

Puis, il a compris qu’il ne pourrait plus continuer la compétition à cause de ses blessures dorsales à répétition. Comme tous ceux dont la vie entière est bouleversée, il s’est senti un peu perdu. La solution ne lui est pas apparue du jour au lendemain, mais il a pris le temps de cibler ce qui le rendait véritablement heureux : il aimait voyager, rencontrer des gens intéressants et il faire du vélo. C’est en se dépensant comme il le faisait quand il s’entraînait pour une compétition internationale qu’il a réussi à se reconstruire.

« La seule chose qui me procure autant de plaisir que d’accomplir quelque chose par moi-même, c’est de partager cet accomplissement avec quelqu’un. La plupart des gens apprennent ça à la garderie, mais ç’a été une assez grosse révélation pour moi. » – Sam Schultz

Sam est sur la route depuis toujours : que ce soit dans la minifourgonnette de ses parents, qu’il empruntait quand il était au secondaire pour se rendre à des compétitions, ou dans sa camionnette, lorsqu’il explore les États-Unis avec son attirail de vélos et son chien Pancho. En ce moment, la priorité de Sam, c’est de profiter de cette aventure, de stationner son campeur et d’enfourcher son vélo pour découvrir ce qui se trouve au-delà de l’asphalte.

Tags: Solo, sam schultz

Précédent Caractéristique Le tout nouveau Vertex Le Vertex respire la rapidité et la confiance, trônant fièrement comme fleuron de nos vélos semi-rigides conçus pour les épreuves de XC.
Prochain Caractéristique Sam Schultz, éternel aventurier des routes De l’épreuve olympique de cross-country au perpétuel voyage sur la route, Sam Schultz ne vit que pour le vélo de montagne. Il a grandi en visant la première place du podium et a toujours été stimulé par l’adrénaline des compétitions serrées.
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Sam Schultz, éternel aventurier des routes

March 01, 2018

De l’épreuve olympique de cross-country au perpétuel voyage sur la route, Sam Schultz ne vit que pour le vélo de montagne. Il a grandi en visant la première place du podium et a toujours été stimulé par l’adrénaline des compétitions serrées.

En ce moment, Sam travaille fort pour lancer une ligue jeunesse de vélo de montagne au Montana, il anime des ateliers de formation pour cyclistes en Arizona, et il parcourt les États-Unis dans sa fourgonnette, son chien Pancho assis sur le siège passager. La longue aventure de Sam sur la route lui a donné une toute nouvelle vision du vélo et de la vie.

Où as-tu grandi et où vis-tu, en ce moment?
Sam Schultz : J’ai grandi à Missoula, dans le Montana, et c’est toujours là qu’est mon chez-moi. Comme beaucoup de jeunes, j’étais impatient de déménager quand j’ai terminé le secondaire, mais il n’a pas fallu longtemps pour que je revienne et que je prenne conscience que j’étais sacrément chanceux d’avoir grandi dans le coin.

Qu’est-ce qui t’a fait commencer le vélo?
SS :
C’est mon oncle qui nous a donné la piqûre du vélo, à mon frère et moi. On a grandi près d’un chouette réseau de sentiers qui était juste derrière notre cour. On a donc naturellement eu envie d’aller l’explorer. Mon oncle Chuck était un cycliste de montagne passionné qui nous a montré tout ce qu’on pouvait faire sur un vélo, alors ce sport est vite devenu une obsession, et j’ai rapidement demandé à mes parents de me conduire à ma première course (à la suggestion de mon oncle).

Quel a été ton parcours jusqu’aux Jeux olympiques? Est-ce qu’on t’a préparé tôt à la compétition?
SS :
J’ai participé à ma première course à l’âge de 13 ans, et dès que je l’ai terminée, je n’avais qu’une chose en tête, recommencer. Mon frère s’y est rapidement mis lui aussi, suivi de mon père. Mes parents ont été d’un incroyable soutien, prêts à charger la minifourgonnette avec les vélos et le matériel de camping et à parcourir toutes les routes du Montana, puis du pays entier. Pendant mon avant-dernière année de secondaire, je me suis donné pour objectif de faire partie de l’équipe du championnat du monde et j’ai réussi tant bien que mal à me joindre au groupe. L’année suivante, j’ai été invité à suivre un programme de développement U23 créé par USA Cycling, et c’est ce programme qui m’a permis de participer à des courses de la Coupe du Monde. Après plusieurs années de compétition internationale, j’avais suffisamment progressé pour obtenir mon premier contrat professionnel. Mon rêve devenait réalité. Je n’avais jamais vraiment envisagé les Jeux olympiques jusqu’à ce que je sois nommé dans l’équipe qui allait concourir aux Jeux de 2008. Je n’en ai finalement pas fait partie, mais je savais que j’avais mes chances pour 2012.

Tu t’es donc rendu jusqu’aux Jeux olympiques de Londres en 2012. Est-ce que ça ressemblait à ce que tu t’étais imaginé?
SS :
C’était incroyable de représenter mon pays lors de la plus grande compétition sportive de la planète. Je ne m’étais pas rendu compte à quel point ce serait fort d’être encouragé par tous les gens de chez moi. J’étais très nerveux et ça a vraiment été une expérience hors du commun. Je suis arrivé 15e, ce jour-là, un résultat dont j’étais très fier. Le seul inconvénient de la course de vélo de montagne, c’est qu’elle avait lieu le dernier jour des Jeux olympiques. J’ai dû manquer plusieurs fêtes mémorables, cette semaine-là, mais la cérémonie de clôture était vraiment un moment spécial.

Peux-tu nous décrire ton rôle à la Cycling House de Tucson?
SS :
À la Cycling House, je suis à la fois guide d’excursion et directeur de camp. Ça va faire 11 ans que je travaille régulièrement avec eux. Un de mes meilleurs amis actuels, qui faisait des courses de vélo avec moi à la fin du secondaire, a lancé l’entreprise deux ans avant que je ne m’associe au projet. On organise des circuits de vélo tout inclus à partir d’une grande maison au milieu du désert, où on mange bien, où on profite de nombreux espaces de détente et où on rencontre des gens géniaux. On propose aussi maintenant d’autres excursions ailleurs au Montana et dans le monde. On travaille comme des fous, mais on est tous de très bons amis et on a des clients vraiment intéressants. On passe beaucoup de temps avec eux, et quand des gens pour la plupart issus de milieux totalement différents se retrouvent autour du vélo, ça amène bien souvent du respect, des conversations passionnantes et de nouvelles amitiés.

Parle-nous de la ligue de vélo de montagne que tu aimerais créer pour les jeunes du secondaire au Montana.
SS :
Depuis que j’ai dû arrêter la course en raison de problèmes de dos et de plusieurs opérations, j’ai décidé de me laisser du temps pour vivre ce que j’appelle une « semi-retraite-temporaire ». La vie de retraité, c’est bien, mais j’ai eu besoin de me trouver un projet qui me pousse à être moins centré sur moi-même et à transmettre ma passion du vélo.

Je me suis naturellement intéressé à un projet de la NICA (National Interscholastic Cycling Association), un organisme faisant la promotion des courses de vélo de montagne dans les écoles secondaires. La NICA intervient dans 22 États partout au pays et est en pleine expansion. Le Montana n’a pas encore de ligue, et c’est pour moi une occasion incroyable de rendre le vélo de montagne plus accessible aux ados de mon État. Je me rends compte de la chance énorme que j’ai eue de découvrir ce sport à un jeune âge, et de tout ce que ça a pu m’apporter. J’aurais tout fait pour embarquer dans l’aventure, si un programme comme celui de la NICA existait à mon époque, alors je suis vraiment impatient de concrétiser ce projet.

Et comment ton chien, Pancho, est arrivé dans l’histoire?
SS :
Il y a exactement un an, j’ai fait un petit voyage en moto au Mexique. J’avais deux semaines de vacances et je voulais découvrir un nouveau pays, parcourir de belles routes, et bien sûr, manger de délicieux tacos. À la fin de mon parcours, je suis passé à côté d’une décharge en feu. Des volutes de fumée noire se détachaient du superbe paysage de bord de mer. J’étais fasciné et j’ai dû m’arrêter pour aller voir ça de plus près.

La première chose que j’ai distinguée dans la fumée, c’était un chiot qui me regardait dans une bonbonne d’eau. Je l’ai aidé comme j’ai pu en lui apportant de l’eau et de la nourriture, mais après mon retour à Tucson, je ne pouvais pas m’empêcher de repenser à lui. Je suis retourné sur place avec ma camionnette quelques jours plus tard, et j’ai constaté qu’il n’y avait pas un, mais quatre chiots : trois noirs et bruns et un petit maigrichon tout blanc. Je me suis mis à leur courir après parmi du verre brisé, dans une décharge en feu, au crépuscule, et je n’arrivais pas à les attraper.

La nuit est tombée rapidement, alors je me suis concentré sur le plus petit d’entre eux, le blanc. Il s’est endormi sur une pile de déchets pendant que je le poursuivais, et je l’ai pris dans mes bras. Il pesait moins de cinq livres, sentait le poisson pourri et était couvert de puces et de tiques. Comme je me suis senti coupable de le séparer de ses frères, j’ai laissé la porte de la camionnette ouverte pour lui laisser une chance de se sauver. Il s’est assis et m’a regardé. Je vous épargne le reste de l’histoire (avec le passage de la frontière et tout ce qui a suivi), mais je pourrais en parler plus longtemps autour d’une bière!

Tu sembles avoir quitté le monde la course dans des conditions plutôt difficiles. Comment ça s’est passé et comment réussis-tu à étancher sainement ta soif de compétition?
SS : La période qui a précédé la fin de ma carrière de coureur a été longue et éprouvante. J’ai eu deux blessures au dos assez graves, une qui m’a provoqué une infection de la colonne vertébrale et une autre qui m’a laissé avec les vertèbres L4 et L5 soudées par des tiges et des vis. L’année avant et après chacune de mes deux opérations, je me suis consacré à mes exercices de rééducation avec une obstination comme je n’en avais encore jamais connu. J’avais des œillères, je voulais absolument revenir dans la course. Je crois que mon esprit de compétition m’a rendu un peu stupide à ce moment-là. Je pense qu’une personne sensée aurait jeté l’éponge bien plus tôt. Mais j’ai toujours pensé que le travail était payant. Tout au long de ma carrière de coureur cycliste, mes efforts ont été récompensés, et j’en suis très reconnaissant.

Je n’ai jamais eu une VO2max et un seuil anaérobie lactique très élevés. Mon taux d’hématocrite était si bas que mes tests sanguins révélaient toujours de l’anémie. Selon les laboratoires, je devais ralentir, mais je n’ai pas dévié de mon objectif, j’ai pris du plaisir, j’ai travaillé dur, et le reste appartient à l’histoire. Arrêter la course a probablement été l’une des décisions les plus difficiles que j’ai eu à prendre, mais aussi l’une des meilleures. J’ai eu l’occasion de changer totalement de perspective. Je vivais dans une bulle où j’étais obsédé par ce que je faisais, où la course était toute ma vie. Puis, j’ai arrêté, et c’est dur de voir les résultats.

Comment as-tu réussi à garder une place pour le vélo dans ta vie?
SS : Quand j’ai finalement compris que je ne pouvais plus être coureur professionnel en raison de ma grave blessure au dos, je ne savais pas vraiment quoi faire. J’ai pensé que ça pourrait être cool de devenir ambassadeur d’une marque, mais essayer de se vendre sous cet angle, ça représente aussi tout un défi. J’ai réussi à obtenir quelques petits contrats, mais rien de suffisamment sérieux qui justifie que j’abandonne ce qui me passionne vraiment. C’était un mal pour un bien, car ça m’a forcé à trouver un projet qui me ressemble pour incarner réellement cette authenticité que j’essayais de vendre. J’ai commencé à faire ce que j’aimais, et ça a attiré des commanditaires avec lesquels j’ai réussi à monter quelque chose de chouette.

Quand tu voyages en camionnette, c’est quoi ton rythme?
SS :
Presque toujours, je dirais que plus j’ai du temps pour aller d’un point A à un point B, le mieux c’est. Il y a tellement de choses à voir sur la route, et la camionnette a un côté très pratique. Il suffit de s’arrêter, et tout est là : votre garage à vélos, votre commode, votre vestiaire, votre cuisine, votre lit. Les meilleurs moments du voyage, c’est quand la camionnette est stationnée. Quand je m’arrête, que je me gare et que je profite des lieux. C’est ça qui m’anime. On ne m’attend nulle part, et j’ai la journée pour me rendre où j’ai décidé d’aller. Voilà comment j’aime me déplacer avec ma camionnette.

Quels sont tes prochains objectifs sportifs?
SS :
Les sportifs d’endurance atteignent rarement un haut niveau sans être sacrément égoïstes. Ils doivent prendre soin d’eux-mêmes, et leur réussite repose en grande partie sur leurs épaules. Ils finissent par faire beaucoup de sacrifices et a avoir du mal à concilier ce qui est bon pour eux avec ce qu’on attend d’eux. J’essaye d’être un peu moins égoïste, car je me suis entraîné toute ma vie pour faire partie des meilleurs. Je dis « un peu moins », car je sais que je suis encore loin du but.

Je prends aussi le temps de réfléchir à ce qui me rend vraiment heureux. Si j’ai la possibilité de partir sur les routes avec des gens intéressants et d’avoir des moments à moi où je peux relaxer, je me porte généralement bien. J’aime encore beaucoup me dépasser physiquement et je me sens privilégié de pouvoir continuer à le faire même après tout ce que mes blessures m’ont fait subir. « La seule chose qui me procure autant de plaisir que d’accomplir quelque chose par moi-même, c’est de partager cet accomplissement avec quelqu’un. La plupart des gens apprennent ça à la garderie, mais ç’a été une assez grosse révélation pour moi. »

Quel conseil donnerais-tu à des personnes qui envisagent d’abandonner une vie conventionnelle pour partir à l’aventure?
SS :
Beaucoup de gens s’épuisent à essayer d’imiter ce que font les autres. Tout vient avec des sacrifices, l’herbe est toujours plus verte ailleurs. Je pense que réussir à profiter pleinement de l’instant présent est vraiment le meilleur conseil que je pourrais donner.

Il me reste encore beaucoup de choses à apprendre, c’est sûr. J’ai 32 ans, je n’ai pas vraiment de carrière en ce moment, et parfois, je me dis « merde, qu’est-ce que je suis en train de faire de ma vie? ». Puis, je réalise que je peux partir en vélo où bon me semble, travailler quand ça me chante, et combiner tout ça comme j’en ai envie. Tant que j’ai la possibilité d’apprendre, j’ai l’impression que ça vaut le coup. Je ne pense pas que je vivrai éternellement « sur la route » – je ne l’espère pas en tous cas –, mais je ne regretterai pas toutes ces années de voyage, ça c’est sûr.

Cette saison, Sam Schultz partage son temps entre les modèles Solo, Instinct et Element. Il envisage de participer à plusieurs courses comme la BC Bike Race et la Downieville Classic, mais a surtout hâte de repartir sur la route avec sa camionnette pour faire d’incroyables randonnées à vélo, accompagné de son fidèle Pancho.

Tags: sam schultz, Solo

Précédent Caractéristique Le chemin le plus long Conçu pour l’aventure, le tout nouveau Solo ne s’arrête pas au bout des chemins asphaltés.
Prochain Caractéristique L’Altitude Powerplay maintenant offert au Canada Nous lancions d’abord l’Altitude POWERPLAY en Europe en juillet dernier, et après une saison incroyable à l’étranger, nous sommes fiers de le ramener au bercail en annonçant sa vente prochaine au Canada.